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Cet article est rédigé dans le cadre des « ateliers blog » de CLG Formation-Recherches. Le thème du mois d’octobre est : Halloween.

 

Madeleine VIGNAUD, le début de sa vie

Je vais vous raconter ici l’histoire, à première vue ordinaire de Marie Madeleine VIGNAUD, une charentaise née dans la petite commune de La Clissse, à quelques kilomètres de Saintes (Charente-Inférieure), le 3 vendémiaire an IX (soit le jeudi 25 septembre 1800).  Elle est la fille de Luc VIGNAUD, un propriétaire cultivateur et de Marie Anne RAMBEAU, qui se sont mariés à peine deux ans auparavant.

Marie Madeleine, plus communément appelée Madeleine par son entourage, grandit dans son village natal situé sur l’axe reliant les villes de Saintes et Marennes. Elle aide ses parents aux tâches quotidiennes  de la ferme.  Puis la famille part s’installer à Corme Royal, commune distante de seulement quelques kilomètres.

Eglise Saint-Nazaire, de Corme-Royal (Charente Maritime). Construction entre le XIIème et le XVème siècle

Eglise de Corme-Royal – Source: Collection personnelle

 

 

 

Carte postale de Corme Royal, vers 1900

Corme Royal vue générale – Source: collection personnelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Corme-Royal : mariage, famille et travail

Le 22 octobre 1827, c’est jour de fête  au hameau « Les Grandes Roches » de Corme Royal. On y célèbre en effet le mariage de Madeleine, 27 ans,  avec Jacques FRAGNAUD, originaire de Meursac. La famille et les amis sont présents pour célébrer ces noces. Madeleine ne sait pas signer, mais son époux, et les pères des époux signent l’acte de mariage, ainsi que les témoins.

En 1851, la famille vit dans le hameau de « Chez Mounier », lui aussi situé sur le territoire communal de Corme Royal. Le lieu-dit est alors composé de 4 foyers, soit une quinzaine d’habitants. Tout le monde se connait, s’entraide dans les champs comme dans la vie de tous les jours. Madeleine et Jacques vivent alors avec leur fille Madeleine,  21 ans, qui travaille avec eux à la propriété.

 

Recensement 1851 - Corme Royal

Recensement de Corme-Royal en 1851 – Archives Départementales de la Charente-Maritime

 

La famille cultive une partie des  terres agricoles qu’elle possède, tandis que d’autres sont prises en bail par des cultivateurs du village. Le quotidien n’est pas si dur pour eux, en comparaison avec celui des journaliers et autres métayers de la région. Les terres qu’ils possèdent leur permettent de subvenir à leurs besoins, en plus de leur humble demeure.  Hélas, le 2 février 1858, Madeleine perd son mari, âgé de seulement 60 ans. Il décède dans la maison famille de « Chez Mounier », laissant sa femme continuer seule son chemin.

C’est un coup dur pour cette dernière, qui se retrouve désormais seule à faire tourner l’exploitation tout en veillant au paiement des fermages sur ses terrains et prés. Le temps passe et Madeleine VIGNAUD gère son affaire du mieux qu’elle le peut.

 

Le décès dans sa maison, « Chez Mounier »

Vous conviendrez aisément de la vie, sommes toute assez classique, vécue jusque-là par cette paysanne française du 19ème siècle. Tout du moins jusqu’aux premières lueurs d’août 1874…

Le matin du 2 août 1874, Eugène RAMBEAU, son petit-fils, cultivateur de 21 ans, passe pour récupérer au grenier des gerbes de blé à battre. Etonné de voir les rideaux encore tirés, il entre dans la chambre de sa grand-mère pour s’assurer que tout va bien. Ce dernier retrouve sa grand-mère inanimée sur son lit. Le jeune homme, bien que sous le choc,  doit néanmoins avertir la famille et le voisinage de sa macabre découverte. L’acte de décès (ci-dessous), dressé deux jours plus tard à la mairie de Corme Royal, ne dit rien des circonstances du décès :

Acte de décès de Madeleine VIGNAUD, décédée le 02 août 18734 à Corme Royal

Acte de décès – Madeleine VIGNAUD – 2 août 1874 – Archives départementales de Charente Maritime

 

Et pourtant, ce qui s’est passé dans cette maison dans la nuit du 1er au 2 août 1874 va horrifier  tout le village, toute la région et aura un retentissement certain pendant plusieurs années.

 

Un fait divers qui va horrifier toute  la région

Le 8 août 1874,  le quotidien local l’Echo Rochelais publie dans sa rubrique « nouvelles Locales et départementales », un article d’une vingtaine de lignes, racontant (avec toutefois de grosses approximations !) le fait divers survenu six jours plus tôt :

Article paru dans l'Echo Rochelais du 8 Aout 1874 - Fait divers - Assassinat à Corme Royal

L’Écho rochelais, du 8 août 1874

La nouvelle, très vite répandue dans la campagne charentaise, est maintenant reprise par un journal à portée départementale ! Selon l’Echo Rochelais, Madeleine VIGNAUD a été assassinée dans sa chambre ; probablement étranglée par une corde et/ou un mouchoir. Mais qui aurait bien pu en vouloir à cette pauvre dame, âgée de 73 ans ? Les autorités ont mené l’enquête pendant près de quatre ans, avant de finalement mettre la main sur le coupable.

Comme je vous l’ai expliqué, Madeleine possédait, avec son mari, des  terres  qu’elle louait à des cultivateurs du coin.  Parmi de ses locataires, un certain Louis NEAUD, un homme d’une trentaine d’années demeurant à Balanzac, disposait ainsi d’un pré en bail, mais n’en payait plus les fermages depuis plusieurs années.  Malgré maintes relances verbales, auprès de ce mauvais payeur, Madeleine VIGNAUD ne parvenant pas à recouvrer les sommes qui lui revenaient, dut se résoudre à menacer son locataire de poursuites judiciaires à ce sujet.  C’était un acte d’une réelle témérité quand on sait que Louis NEAUD était un  homme notoirement  connu dans la région pour des faits de violence sur autrui, d’incendie par imprudence, ou encore de coups et blessures sur sa femme… On comprend mieux les hésitations de Madeleine à se montrer procédurière !

Afin de se venger, Louis NEAUD, d’un tempérament sanguin, a échafaudé tout un plan pour assassiner cette pauvre femme. Tout cela en brouillant les cartes auprès des autorités en s’inventant un alibi qui aurait pu tenir la route s’il ne s’était pas vanté de son méfait !

 

Un odieux meurtre, stupeur au village

Dans la nuit du 1er au 2 août, vers 22 heures, l’homme s’est introduit en silence dans la chambre de Madeleine, alors endormie. Agé de 31 ans, en pleine force de l’âge, l’assaillant sauta sur le lit et n’eut aucun mal à prendre le dessus sur la vieillarde. Une fois celle-ci maîtrisée, il l’étrangla pendant de longs instants avec son mouchoir de tissus, jusqu’à entendre le dernier râle de sa victime. Avant de partir, le meurtrier n’hésita pas à fouiller la chambre de la défunte, subtilisant ainsi plusieurs  bagues et une coquette somme d’argent estimée à environ 800 francs. (ce qui représente environ 3400 euros d’aujourd’hui !)

Palais de Justice de Saintes - Lieu où la Cour d'Assises a jugé Louis Neaud couple de d'assassinat et vol

Palais de justice de Saintes – Source: collection personnelle

Il y a 150 ans, la justice ne disposait pas des mêmes outils de travail qu’aujourd’hui. Pas de caméras, de smartphones, d’ADN,  etc…. A l’époque, les accusations dont pouvaient faire l’objet un prévenu étaient presque uniquement basées sur les témoignages à charge ou à décharge qu’avaient pu récolter les services de police ou de gendarmerie. Les enquêtes étaient longues, et pendant ce temps, la peur, l’angoisse et les suspicions se répandaient sur les villages alentours. La presse diffuse régulièrement les avancées  de l’enquête, ravivant alors les débats et le souvenir  de ce crime.

Article paru dans Le Journal de Saint Jean d'Angély, le 18 mars 1875 - relatif au meurtre de Madeleine VIGNAUD

Le Journal de Saint-Jean-d’Angély, 18 mars 1875

Entre 1874 à 1878 à , cette affaire défrayait la chronique à Corme-Royal. Les camps des témoins à charge et à décharge se déchiraient  pour défendre le villageois ou accuser l’ignoble meurtrier.  Le 28 juin 1878, la Cour d’Assises de Saintes a tranché : Louis NEAUD fut reconnu coupable du meurtre avec préméditation et du vol sur la personne de Madeleine VIGNAUD. Pour ces actes, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité, au bagne en Nouvelle-Calédonie.  Cet homme, Louis NEAUD, est mon arrière-arrière-arrière –grand- père paternel (SOSA 36).

Pour en savoir plus sur le déroulement du procès, et les éléments réunis à l’époque, je vous invite à lire l’article paru dans Le Courrier de La Rochelle le 6 juillet 1878 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11452883/f3.image

Un prochain article sera consacré à la suite de sa vie, à partir de ce 28 juin 1878, à l’autre bout du monde, au beau milieu de l’Océan Pacifique.

 

 

Sources :

Archives départementales de la Charente Maritime : https://archives.charente-maritime.fr/archives-en-ligne

Site de la commune de Corme-Royal : https://mairie17cormeroyal.fr/

Convertisseur franc-euro de l’ INSEE : https://www.insee.fr/fr/information/2417794

Géoportail – IGN : https://www.geoportail.gouv.fr/

Illustration mise en avant:  Illustration du supplément du Petit Journal du 05.11.1899 – Le drame de la Rue Berthe

12 Commentaires

  • Charmant grand-papa !
    Hâte de connaitre la suite de son histoire 😉

  • Quelle histoire palpitante, j’ai également hâte de connaitre la suite des aventures de Louis Neaud !
    Par contre, je doute que 800 francs correspondent à 340000€ d’aujourd’hui. Pour indication, Gustave Bienaymé indique dans son ouvrage « Le coût de la vie à Paris à diverses époques » (Lien supprimé par la modération) que la dépense moyenne annuelle du Parisien en 1873 pour sa nourriture est de 589 francs.

    • David Descourtieux dit :

      Merci Olivier pour ton commentaire.
      J’ai eu aussi de gros doutes sur la conversion des 800 francs de 1874 en euros d’aujourd’hui.
      Et pourtant, j’obtiens de montant avec le convertisseur de l’INSEE.
      La Fédération Française Généalogie m’a également confirmé que le calcul était le bon!
      Je garde néanmoins précieusement le lien que tu m’as transmis, il est très intéressant, merci.

  • Olivier Foulont dit :

    Article très intéressant d’autant que je suis un passionné des affaires criminelles du XIXe. Je suis comblé. Vivement la suite.
    J’aurais aimé pouvoir cliquer sur les actes, notamment l’acte de décès pour le voir en plus grand. Cela doit être possible je pense.
    En ce qui concerne les 800 francs, je me permets de donner mon opinion sur ce sujet. Je pense qu’il ne faut pas essayer de convertir en euros d’aujourd’hui. En fait, de mon point de vue, le plus important est de savoir ce que cette somme représentait à l’époque par rapport au coût de la vie et au salaire moyen (exemple : en 1870 le salaire journalier moyen d’un journalier est de 2,75 francs et un kg de pain blanc à Paris coûte environ 0,40 francs. Je rejoins un peu en cela l’avis d’Olivier ci-dessus.

    A quand la suite ?

    • David Descourtieux dit :

      Merci Olivier! La suite arrivera quand je l’aurai écrite! J’aimerais passer aux AD de La Rochelle pour étoffer un peu les informations dont je dispose, avant la rédaction de la suite.
      Je suis finalement d’accord avec toi sur la valeur des 800 francs de 1874. Je vais modifier mon article en trouvant des références parlantes au plus grand monde.

      • Olivier Foulont dit :

        J’utilise très souvent le livre « Contexte France » de Thierry Sabot aux Editions Thisa. C’est très utile pour remettre les histoires que l’on raconte dans leur contexte historique. On y trouve donc notamment aussi des informations sur le coût de la vie et son évolution.
        Je le recommande. [supprimé par la modération]
        Bonne journée !

  • On est happé par l’histoire, j’ai hâte de connaître la suite.
    Moi aussi j’ai un arrière grand-oncle qui a été condamné à 5 ans de bagne en Nouvelle-Calédonie mais pour un vol de jambon suivi de l’incendie d’une partie d’une maison. Apparemment, d’après son dossier judiciaire, il a eu un bon avocat

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