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Ma Marie , ne sera pas une ancêtre connue, brillante ou spéciale. Ma Marie à moi sera plutôt ce qu’on appelle une « ancêtre invisible ». Le genre d’aïeul qui a vécu sa vie, à travers les décennies, sans vraiment laisser de trace écrite ou dans les souvenirs. On en a tous des dizaines dans nos arbres. C’est à mon arrière-arrière grand-mère que je souhaite consacrer cet article : Marie Armance CHUSSEAU (1890-1969), qui a vécu à Sainte Flaive des Loups, en Vendée.

Marie, de Sainte Flaive des Loups

La vie de Marie Armance commence le 1er Aout 1890, aux alentours de 23 heures, dans le hameau de La Parerie, commune de Sainte Flaive des Loups, en Vendée. Elle est alors la troisième fille d’un couple de cultivateurs :   François CHUSSEAU et Rose POIRAUD, respectivement âgés de 28 et 27 ans.

C’est son père François qui viendra déclarer cette naissance à la mairie du village le lendemain matin, accompagné de deux autres CHUSSEAU : son père François, 52 ans, et  son oncle Aimé, 71 ans, tous deux cultivateurs.

La Vendée étant de tradition très chrétienne, Il y a peu de chance que Marie ait échappé au baptême, étant petite ! Cependant, elle n’a sûrement pas été baptisée dans l’église de Sainte Flaive des Loups, telle qu’on la connait aujourd’hui,  puisqu’elle a été détruite et reconstruite vers 1894 – 1895, laissant place à un édifice plus grand et moderne.

Marie Armance aura deux grandes sœurs, une petite sœur et un petit frère :

  • Marie Philomène Amélina (1886-1971)
  • Florentine Marie Aimée (1888-1935)
  • Ernestine Rose Augustine (1892-1978)
  • Lucien François Henri (1896-1980)

Plusieurs générations de CHUSSEAU à La Parerie

La famille vit alors à La Parerie, hameau reculé du bocage vendéen, composé de quelques foyers, au bord de la voie ferrée, reliant La Roche sur Yon aux Sables d’Olonne. Trois générations CHUSSEAU vivent alors sous le même toit, comme on peut le voir sur ce recensement de 1906, Marie Armance a alors 16 ans :

Recensement 1906 - Sainte Flaive des Loups

Recensement 1906 – Sainte Flaive des Loups – AD85:  cote 6M340 – Page 19 sur 31

Jusque-là, la vie de Marie se résumait alors au travail dans les champs, afin d’aider sa famille et à la ferme, rythmée par le passage régulier du train qui passait tout près de la ferme.  Plus de vigne dans la région à cette époque ; le Phylloxera a tout dévasté dans les années 1880-1884, plongeant les cultivateurs dans la précarité, et les obligeant à réinventer une partie de leur culture. L’élevage d’ovins et de bovins devint alors la meilleure source de revenus de la famille CHUSSEAU.

Un mariage, pour quitter son hameau natal

Le mariage à Sainte Flaive des Loups

En 1910, Marie Armance n’a encore que 19 ans, mais il est l’heure pour elle de se marier et de fonder sa famille. Elle se marie alors le mardi 7 juin 1910, dans son village natal avec Louis Eugène GUIET, un cultivateur des Clouzeaux,  de huit ans son aîné. Ses parents, François et Rose, sont bien entendu consentants au mariage de leur fille. Il n’y a pas eu de contrat de mariage. En revanche, ils signeront tous les deux leur acte de mariage à la mairie :

AD85 – cote  AC211 - 1910

Signatures de Louis Eugène GUIET et Marie Armance CHUSSEAU – 1910 à Sainte Flaive des Loups – AD85 : cote  AC211

Le départ pour Aubigny, un village voisin

Suite à ce mariage, Louis et Marie partent vivre  dans le village voisin d’Aubigny, au lieu-dit La Grenière. C’est la première fois que Marie s’éloigne « sa » Parerie. Cela a dû être difficile pour elle, de s’habituer à ce nouvel environnement ! A environ 12 km de chez ses parents, frères et sœurs, elle ne peut plus s’y rendre aussi facilement.

La famille s’installe dans cette nouvelle ferme, et une première naissance y a lieu  le 13 novembre 1911. S’en suivra alors une fratrie composée de 6 filles ! (on peut alors aussi parler de sororie, même si ce néologisme n’est pas repris par les grands dictionnaires de référence [Le Petit Larousse et le Robert]). Leurs actes de naissances nous permettent de situer les lieux de vie de Marie Armance, entre deux recensements :

  • Germaine Eugénie Marie Augustine GUIET, née le 13 novembre 1911 à La Grenière, Aubigny
  • Eugénie Marie Henriette GUIET, née le 30 avril 1913 à La Grenière, Aubigny
  • Léonide Louise Adrienne GUIET, née le 3 novembre 1914 à La Grenière, Aubigny
  • Albertine Alice Fernande GUIET, née le 6 mai 1918 à La Grenière, Aubigny.
  • Marthe Georgette Marie GUIET, née le 15 mars 1920 au Tablier, à Sainte-Flaive-des-Loups
  • Marie Augustine Philomène, née le 30 octobre 1924 à La Renaudie, à Sainte-Flaive-des-Loups

La première guerre mondiale bouleverse des vies

La mobilisation de Louis en 1914

Le 2 Août 1914, c’est la stupeur, lorsque Louis est mobilisé, et doit rejoindre le 93ème Régiment d’Infanterie en casernement à La-Roche-sur-Yon. Il fera toute la première Guerre Mondiale, alternant le front et les hôpitaux pour y soigner des blessures. Marie, alors enceinte de six mois,  reste à la ferme de La Grenière pour continuer le travail des champs, et subvenir aux besoins de ses enfants.  Elle n’a que 24 ans, mais gèrera l’exploitation avec ses beaux-parents, durant ces quatre années.

Après la guerre, les années passent et les six filles grandissent. Elles vont à l’école communale de Sainte Flaive, et  font  toute leur communion dans la paroisse du village. Elles travaillent à la ferme familiale, ou bien deviennent domestiques dans d’autres fermes alentour.

Dans l’entre-deux-guerres, Marie perdra son père et sa mère à moins de dix ans d’intervalle. François CHUSSEAU décède le 19 mai 1929 à la Parerie,  où il a toujours vécu.   Marie Rose POIRAUD, sa veuve, lui survivra jusqu’en 1938, et décèdera seule à La Guinerie, un hameau voisin.

Un déménagement à Martinet, puis un retour rapide à Sainte Flaive des Loups

Vers 1934, La famille part vivre dans le village voisin de Martinet, dans le hameau de La Vieille Malvergne. Marie et Louis y sont métayers, accompagnés de leurs trois dernières filles, qui ne sont pas  encore mariées: Albertine, Marthe et Marie. La famille y restera au moins jusqu’en 1939, puis retournera ensuite à Sainte Flaive, à l’Aumondière.

L’avantage de n’avoir que des filles, c’est qu’elles ne sont pas appelées à combattre en 1939. Cependant, plusieurs de leurs gendres ont combattu, mais tous sont heureusement revenus saufs en Vendée après le conflit.

Les enfants quittent le nid familial

Lors du recensement de 1946, Marie n’a plus ses enfants à la maison. Elle vit avec son mari, dans un autre hameau, appelé La Lière, toujours à Sainte Flaive, au sud du bourg. Au bord d’un cours d’eau, cette maison est très isolée, au milieu des champs, et accessible uniquement par un étroit chemin de terre. A l’époque, ils étaient alors coupés du monde parfois pendant plusieurs semaines d’affilée lorsque la météo était mauvaise. Marie et Louis y avaient 4 vaches laitières, et vivaient du potager et du verger.

Recensement 1946 - Sainte Flaive des Loups -

Recensement 1946 – Sainte Flaive des Loups – AD85: Cote 497W – page 14 sur 18

C’est également dans le milieu des années 1940 qu’ils ont pu poser devant un photographe pour la postérité. C’est la seule photo de Marie Armance et Louis Eugène, à ma connaissance.

Eugène Guiet - Marie Armance Chusseau

Eugène Guiet – Marie Armance Chusseau – Source: collection personnelle

Au début des années 1950, Marie et Louis partent vivre chez leur fille ainée, Germaine, (épouse GUEDON) et leurs enfants à l’Audouinière, toujours à Sainte Flaive. Ce hameau est plus grand que tous les précédents dans lesquels ils ont vécu. La vie y est rendue plus simple grâce au voisinage, et la présence des enfants.  Le 29 décembre 1958, après une vie de labeur, Louis Eugène y décède  à l’âge de 76 ans. Marie est maintenant veuve, et doit poursuivre sa vie seule, sans le père de ses filles. Parfois rustre et sévère dans la vie, elle comprend qu’elle perd son compagnon de route, celui avec qui elle a partagé sa vie pendant près de cinquante années.

Une fin de vie auprès des siens à Sainte Flaive des Loups

Marie changera une dernière fois de domicile, en partant d’installer au Tablier, chez une autre de ses filles, Eugénie (épouse POISSONET) où elle décèdera le 21 janvier 1968. Son gendre, Clément POISSONET, déclare le décès à la mairie du village.

Elle rejoint alors son époux au cimetière communal de Sainte Flaive. Les tombes y étaient  toujours présentes en 2022 :

Tombe d'Eugène GUIET et Marie Armance CHUSSEAU - Sainte Flaive des Loups

Tombe d’Eugène GUIET et Marie Armance CHUSSEAU – Sainte Flaive des Loups – source: collection personnelle

 

Au cours de sa vie, Marie aura donc élevé six filles, qui lui survivront toutes.  Le métier de métayer les a amenés à changer très régulièrement de maison (au moins neuf fois selon mes informations), au fil du travail qui était proposé dans les champs et à la ferme.  Comme toute vendéenne convaincue à l’époque, ça n’a pas toujours été facile de parler le français. Sa langue à elle, c’est le patois vendéen.

Amoureuse de son village, de son terroir et de sa paysannerie, elle ne le quittera jamais. D’une grande gentillesse, elle adorait recevoir et passer du temps avec ses enfants et petits-enfants (qu’elle surnommait affectueusement ses « petites crottouses »).  Une vie bien remplie, ma foi, pour un ancêtre invisible dont je ne sais malheureusement que très peu de choses au final !

Les hameaux de Sainte Flaive, où Marie Armance CHUSSEAU a vécu durant sa vie - Source: Géoportail.gouv.fr

Carte de Sainte Flaive des Loups et ses environs – Source: géoportail.gouv.fr

 

Cet article est rédigé dans le cadre des « ateliers blog » de CLG Formation-Recherches. Le thème du mois d’Août est : Une Marie.

8 Commentaires

  • Bonjour et bravo pour votre article : une histoire de Marie toute simple mais si bien racontée. Je l’ai bu comme du petit lait. Du coup, j’ai regardé votre blog d’une traite et j’ai beaucoup aimé le reste. Tout est inspirant. Hâte de voir la suite. Merci.

  • Noëline dit :

    Marie Armance a tout de même laissé des traces malgré elle

  • Magali dit :

    Bravo, bel article qui met en lumière une Marie comme on en à tous une dans notre arbre. Une femme simple qui a traversé la vie sans laisser une trace indélébile dans l’histoire, juste dans le cœur de ceux qui l’ont connue.

  • Gilles Lehoux dit :

    Bel article retraçant la vie d’une femme du bocage vendéen au début du XXe siècle.
    A noter : faute d’orthographe : source de revenu(s)
    Pourquoi le titre « drôlesse du bocage » ? le mot drôlesse s’adresse plutôt à une fille ou femme de mauvaise vie, ce qui n’est pas le cas de Marie

    • David Descourtieux dit :

      Merci Gilles, pour ton commentaire! Faute d’orthographe corrigée.
      Une drôlesse est avant tout une enfant! Un drôle, une drôlesse. Comprendre alors que Marie est une fille du pays!
      La « variante » péjorative, je ne la connaissais pas, et n’est effectivement pas la signification première de ce terme.

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